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L’Espèce explosive : Sarah Arnold adapte un conflit rural autour du sanglier pour son premier long métrage

Huit ans d’écriture et de financement, quatre coscénaristes et trente et un jours de tournage en Argonne ont précédé la sélection du film à la Quinzaine des Cinéastes.

Bruno Charrier Par Bruno Charrier
4 min de lecture
L’Espèce explosive : Sarah Arnold adapte un conflit rural autour du sanglier pour son premier long métrage
Pour un article sur Sarah Arnold et L’Espèce explosive : un sanglier en lisière de bois, sur un sol pavé parsemé d’aiguilles de pin.

En bref

  • Sarah Arnold a été formée à l’Ensav de Toulouse avant un détour par la production.
  • Quatre courts métrages, de 2010 à 2022, ont jalonné son parcours avec plusieurs prix.
  • Son premier long métrage est né d’un article de Libération sur un conflit autour du sanglier.
  • Le film a été retenu par la Quinzaine des Cinéastes en mai.

Avant de devenir le premier long métrage de Sarah Arnold, L’Espèce explosive a été un projet de longue haleine, porté par les mêmes producteurs depuis ses débuts. La cinéaste retrace cette fabrication dans un entretien publié par le CNC, organisme qui figure aussi parmi les financeurs du film.

Une école sans musique, un stage en production

Sarah Arnold a été formée à l’École nationale supérieure d’audiovisuel (Ensav), à Toulouse. Elle y retient le rythme soutenu des projets, qui permettait d’apprendre sur le tas. Une règle singulière encadrait ces exercices : les étudiants devaient se passer de musique, dont l’usage pouvait être jugé « trop facile », ce qui les poussait à chercher la musicalité ailleurs.

C’est aussi là qu’elle mesure le poids des lieux dans son imaginaire : le décor et les paysages apparaissent, dit-elle, avant les personnages et le récit.

Diplômée, elle aspire à devenir monteuse mais ne trouve pas de poste. Elle s’oriente vers la production et décroche un stage aux Films du Poisson, où elle comprend comment se finance un film. Elle propose ensuite à Martin Bertier et Helen Olive d’être ses producteurs, collaboration qui débute avec le court métrage Leçon de Ténèbres, en 2010.

Quatre courts métrages comme banc d’essai

  1. Leçon de Ténèbres, fable sans dialogue autour des musiciens d’un quatuor à cordes, réalisée l’année de ses 30 ans et primée au Torino Film Festival.
  2. Totems, distingué notamment à Locarno.
  3. Parades, également distingué, notamment à Locarno.
  4. L’Effort commercial, lauréat du Prix France Télévisions du court métrage.

Dans ces films, hormis le premier, elle met en scène des personnages en résistance face à plus grand qu’eux. Elle y gagne aussi en aisance avec la direction d’acteurs, et revendique un style qui n’est pas celui de l’épure réaliste : des mots aux décors, tout est sujet à créativité.

Des sangliers, des chasseurs et une gendarmerie

L’étincelle vient d’un article de Libération, « Campagnes à feu et à sangliers », consacré à l’affrontement entre agriculteurs et chasseurs autour de l’animal. Pour la réalisatrice, ce conflit raconte plus largement la tension explosive de la société. Le sanglier, à la fois drôle et brutal, donne son ADN au film.

Pour écrire, elle enquête, rencontre les deux camps et s’immerge dans la gendarmerie. Quatre coscénaristes se succèdent : Olivier Séror, Romain Winkler, Mehdi Ben Attia et Jérémie Dubois. Ses repères dessinent une famille précise : les films de Patricia Mazuy, Fargo des frères Coen (1996), Old Joy de Kelly Reichardt (2007) et l’univers de Hal Hartley. Le résultat est présenté comme un polar rural qui emprunte à la comédie romantique tout en confrontant l’ordre et le chaos, l’obéissance et la désobéissance.

Huit ans de financement jusqu’à la Quinzaine

8 ansd’écriture et de financement
3tentatives avant l’Avance sur recettes
31 joursde tournage

Helen Olive et Martin Bertier, cofondateurs de 5à7 Films en 2015, accompagnent le passage au long format. La région Grand Est soutient d’abord le projet au titre de son aide aux films de genre. L’Avance sur recettes du CNC arrive après trois tentatives et, selon la réalisatrice, c’est alors que les financements se sont débloqués.

Le tournage démarre le 22 septembre 2025 en Argonne, là même où se déroulait le conflit décrit par Libération et où elle avait fait des repérages dès l’écriture. En mai, la Quinzaine des Cinéastes retient le film dans sa sélection.

La fiche du film

  • Production : 5à7 Films
  • Distribution : Pan Distribution
  • Ventes internationales : Playtime
  • Soutiens sélectifs du CNC : aide à l’écriture, Avance sur recettes avant réalisation, aide à la création de musiques originales, aide sélective à la distribution (programme 2026)

La date de sortie indiquée sur la fiche du CNC, le 7 octobre 2027, paraît tardive au regard d’un tournage achevé en 2025 et reste à confirmer par le distributeur.

Photo à la une. Source : Pexels. Photographe : Doğan Alpaslan Demir. Licence Pexels.