Pour rendre un mur sale à l’écran, il a fallu le patiner, expliquent les VFX

Dix-huit mois de travail, 70 spécialistes et une baïonnette à ajouter sur chaque fusil : la CGEV détaille la fabrication invisible du film de Fred Cavayé.

Bruno Charrier Par Bruno Charrier
4 min de lecture
Pour rendre un mur sale à l’écran, il a fallu le patiner, expliquent les VFX
Pour rendre un mur sale à l’écran, les VFX passent par la postproduction ; ici, un fond vert à croix de repérage, sans lien prouvé avec le film.

En bref

  • La CGEV a travaillé de janvier 2025 à août 2026 sur les effets visuels du film de Fred Cavayé.
  • La société était présente un peu plus de 50 jours sur plus de 70 journées de tournage.
  • Le film sort le 14 octobre 2026 en distribution StudioCanal.
  • Le CNC a soutenu le film par deux aides aux effets visuels numériques.

Pour livrer les effets visuels des Misérables, la Compagnie Générale des Effets Visuels (CGEV) a travaillé un an et demi, entre janvier 2025 et août 2026. Selon le CNC, David Brochard, superviseur du projet, juge cette durée courante pour un film de cette envergure. Il résume le chantier ainsi : « C’est un travail de fourmi, de patience, de précision ».

Un chantier de 728 plans

728plans nécessitant des effets visuels
70personnes mobilisées
18 moisde janvier 2025 à août 2026

La société a reçu le scénario le 30 janvier 2025, ce qui a déclenché une préparation importante avant le tournage. Les équipes réunissent des compositeurs, des modeleurs, des textureurs, des lighters et des riggers, entre autres spécialités. Elles s’appuient surtout sur les logiciels 3D Maya et Houdini, et sur Nuke pour le compositing, qui consiste à assembler, superposer et harmoniser plusieurs couches et sources d’images.

David Brochard décrit un film hybride, mélange de plusieurs disciplines. Ce profil correspond à la majorité des projets de la CGEV, spécialisée dans les « VFX pour le cinéma » ; les séquences entièrement animées y sont plus rares.

Préparer, tourner : trois phases, des arbitrages quotidiens

« Il y a trois phases : avant, pendant et après le tournage », explique le superviseur. Au début, seules quelques personnes interviennent. David Brochard, Séverine De Wever et Alain Carsoux, directeur de la société, suivent la préparation avec le réalisateur et les chefs de département. L’équipe s’agrandit ensuite selon le nombre de plans et le délai : un calendrier très court réclame plus de monde, même pour peu de plans.

La collaboration avec la décoration est centrale. « Nous travaillons toujours en étroite collaboration avec les chefs décoration », indique Séverine De Wever, directrice des productions à la CGEV. La société récupère leurs dossiers et leurs références pour créer ses décors, mais cela ne suffit pas : David Brochard précise qu’il faut mener ses propres recherches, au point d’être devenu expert en anachronismes de gouttières et de trottoirs.

La production, formée de Curiosa Films et d’Eskwad, tranche à partir de devis : un élément sera-t-il filmé ou modélisé ? Le rythme moyen atteint une vingtaine d’arbitrages par jour. Sur plus de 70 journées de tournage, la CGEV a été présente un peu plus de 50 jours.

Des cas concrets, des barricades aux murs trop propres

  • Les barricades. La séquence, avec de nombreux figurants et des bagarres, a été tournée pendant deux semaines à Bordeaux, en pleine canicule de l’été 2025. Sa fabrication en effets visuels a pris quatre mois : une baïonnette, interdite sur le plateau même factice, a dû être ajoutée à chaque fusil.
  • Le maquillage. Si l’équipe maquillage a manqué de temps, la CGEV rajeunit, vieillit ou efface un oubli, comme une épingle.
  • Les murs. Sur le tournage, leur propreté ne gênait pas ; à l’image, elle sautait aux yeux, et il a fallu les patiner, c’est-à-dire les salir.

« Nous intervenons pour que vous ne le voyiez pas. Mais en réalité, si nous n’intervenons pas, c’est là que ça saute aux yeux », résume David Brochard.

L’organisation humaine en postproduction

Plutôt qu’une tâche unique par personne, chaque membre de l’équipe en cumule plusieurs, « pour varier un peu », sourit le superviseur, afin de tenir le rythme sur de longs projets sans perdre personne.

Fred Cavayé a été installé dans les salles de montage de la CGEV et garde ainsi un œil sur l’avancée des effets. « Cela signifie que nous sommes au plus proche de ce qu’il désire », estime Séverine De Wever. Le cinéaste a parfois demandé conseil aux équipes VFX sur le montage lui-même, ce qui représente pour elle un gain de temps pour tout le monde.

Alain Carsoux a tenu le rôle de regard extérieur : selon David Brochard, il voit la quintessence du travail, avec un avis plus froid que celui des autres.

Production, sortie et soutiens

Rubrique Détail
Réalisation et scénario Fred Cavayé
Production Curiosa Films, Eskwad
Coproduction STUDIOCANAL, TF1 Films Production
Production étrangère Umedia
Distribution et ventes internationales StudioCanal

Photo : cottonbro studio / Pexels

Bruno Charrier

Sorties, critiques et actualité des films

Bruno Charrier

Bruno Charrier a été projectionniste dans un cinéma de quartier à Lyon pendant près de vingt ans. Sur CineShow, il suit l'actualité du cinéma : sorties, box-office, festivals et vie des salles. Il tient à jour la liste de tous les films qu'il a projetés en 35 mm.